La culture française sombre – submergée par une invasion par la culture nord-américaine et bousculée par la culture musulmane. Le naufrage n’est pourtant pas inévitable ; encore faut-il en analyser les causes et les incidences, avant de définir les remèdes. Chaque culture unit à sa manière des différences individuelles au profit du lien collectif ; cela concerne autant la communauté familiale que celle nationale. À cet égard, un gouffre aussi profond que l’océan Atlantique sépare les manières, française et anglosaxonne.
La culture anglosaxonne est héritière d’un protestantisme qui valorise le mérite et l’exigence, ainsi qu’un individualisme prôné depuis la relation singulière de chacun avec Dieu ; elle est, aux États-Unis, hantée par une longue histoire de persécution des minorités (le racisme d’État, l’homosexualité jugée “hors norme”, etc.) : ils tentent aujourd’hui de s’en affranchir en luttant contre “les discriminations”, qui résultaient d’essentialiser les différences - ainsi “hétérosexuel”, “homosexuel”, “transsexuel”, sont traitées en catégories, comme de natures radicalement opposées, par méconnaissance de la genèse en chacun des inclinations diverses, dont la théorie du genre et le wokisme sont les avatars.
Du coup la normative société anglosaxonne gère la diversité sociale en superficie et en extériorité : donner leur place aux
“minorités” est devenu la “lutte contre les discriminations” – dans une société où elles ont existé ; la common law, qui prit son essor du schisme anglican, gère le droit de “s’auto-déterminer”, triomphe d’un individualisme qui valide de se prétendre être de l’autre sexe à la raison de se ressentir être de l’autre sexe. De même, l’open adoption est la cession “pragmatique” d’un enfant par une femme vers une famille adoptante ; cession “de corps” dirait-on, là où la manière française est une passation symbolique “de corps et d’âme”. L’établissement des repères symboliques est dévolu au registre religieux aux États-Unis, pays multireligieux où le Président prête serment sur la Bible, et le maire de NY sur le Coran ; le multiculturalisme nord-américain découle de la multi-religiosité intrinsèque à sa culture.
Les emprunts interculturels sont vivifiants ; mais l’actuelle américanisation de la vie sociale en France n’est pas seulement l’apport stimulant de nouveautés fécondes d’outre-Atlantique (le jazz, les “buildings”, etc.), ni la seule prolifération des “fast food” au pays de la gastronomie : elle est le reniement de notre tradition. Cela sape les fondements de notre vie de société, par la substitution au droit français de la famille, des principes de la common law anglosaxonne. L’argument d’une modernité progressiste mène à copier les manières étatsuniennes, faisant en importer les maux ; la société française, historiquement tolérante à l’égard des minorités, devient envahie par une chasse aux discriminations – auxquelles culturellement elle n’avait jamais recouru.
Il y a plus grave : un copié-collé des principes nord-américains, les détachant du contexte qui leur donne cohérence, bouleverse ceux de la culture française. Ainsi le mariage est en 2013 décorrélé de l’enfantement, au prétexte de l’ouvrir aux unions de même sexe ; ce fut omettre que le mariage outre-Atlantique est d’abord religieux : y priver un enfant de père ne l’y prive pas d’une référence symbolique paternelle – en France, si : cette référence a disparu de l’horizon culturel français, laissant sans repères des jeunes ayant eu une relation compliquée avec leur père, ce qui explique leur recours à une violence débridée.
L’importation dans la société française de la “théorie du genre” est aberrante ; la culture française sait en démontrer l’erreur, démonstration qu’il aurait été plus logique d’exporter. Cela aurait évité au monde entier le scandale d’entraîner les jeunes dans des “changements de sexe” dont ils ne peuvent apprécier les incidences, mais découlant du droit nord-américain de “ne pas discriminer selon l’âge”, donc de leur ouvrir ce qui ne peut être décidé que depuis une maturité adulte – disons 25 ans.
Sans compter le brouillage induit dans le droit de la famille. Le géniteur d’un enfant peut-il devenir sa mère dans l’acte de naissance ? Absurde en droit français : la mère est celle qui, ayant porté l’enfant puis accouché, noue le lien maternel depuis le fait d’avoir été jadis une petite fille : la filiation concilie la transmission organique et celle psychoaffective. Compatible avec la common law : le “ressenti” est maître de la réalité corporelle, le juge estime favoriser le lien parent-enfant en entérinant en droit l’inclination du parent. La Cour d’Appel de Toulouse, reconnaissant (2022) un homme comme mère d’un enfant né de ses capacités reproductives masculines, entre temps devenu à sa demande juridiquement une femme, a rompu avec la conception française du lien filial ; le virus une fois instillé, propage et détruit les fondations symboliques culturelles de toutes les familles françaises.
Comment comprendre cette fascination pour les manières US ? Est-ce par dépit, la culture française ne portant plus les découvertes (vaccination, aviation, automobile, cinéma) comme il y a un siècle, sans compter le rayonnement de la création (peinture, sculpture, musique) et de la langue, parlée par tout le monde cultivé ? Cela explique-t-il la passion française actuelle pour l’auto-détestation, orgueil blessé se réfugiant dans un masochisme malsain : exhibition vulgaire devant le château de Versailles et ricanement diffusé au monde entier d’avoir envoyé une reine à l’échafaud, ou insistance à fustiger nos ancêtres d’avoir prétendu apporter la modernité aux pays colonisés ?
Et puis l’islam ; la charia, qui soumet le droit au religieux, est en écart extrême avec la manière française. Son monothéisme intransigeant entretient un caractère patriarcal, que par ailleurs nous fustigeons dans le passé de nos vies de société ; comment, face à de telles contradictions, convaincre les jeunes français de confession musulmane, d’assurer le primat des lois françaises ?
L’erreur est de prétendre assimiler les populations musulmanes en nous privant de l’assumer depuis notre pleine culture ; les lois “républicaines” n’y suffiront pas car elles sont désincarnées : le principe de laïcité, s’il géra naguère la relation au catholicisme, qui portait en germe la séparation du public et du privé, ne peut contrer une revendication de s’affirmer dans l’espace public (l’affaire du voile) sans que nous la traitions – non pas en tant que pays catholique, mais en tant que pays aux racines culturelles catholiques ; la laïcité telle quelle est incomprise du monde entier : les nord-américains l’estiment liberticide, les musulmans l’entendent comme d’un athéisme, ils nous traitent de mécréants.
Remettre à flot la culture française est vital pour l’avenir du pays ; avec deux priorités. D’abord, évacuer la référence au “genre” de toute question concernant la sexualité. La “théorie du genre” est une approximation illustrative de l’immaturité nord-américaine, elle complait à une société décidant de “l’auto-détermination” de chacun par chacun ; le “wokisme” trahit la culture psychologique française. Ensuite, constitutionnaliser les racines catholiques de la France : c’est capital pour pouvoir accueillir d’autres cultures, ce qui n’est possible qu’en étant au préalable soi-même, et pour cela ancrés dans notre histoire : le sacre de Reims autant que la fête de la Fédération, avait dit Marc Bloch (au passage, cela vaut tout autant pour celles chrétiennes de l’Europe). Soyons clairs : il s’agit d’acter un fait d’histoire, constitutif de notre identité ; la foi est et demeure une adhésion d’ordre privé.
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